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PENSÉES D’UNE EXPATRIÉE

expatriation, être expatrié à Malte, la vie d'une expatriée, partir vivre à l'étranger, île de Gozo

Dimanche dernier, je suis sortie prendre un petit déjeuner dans mon bar favori. Je suis là, assise devant mon chocolat chaud et mes toasts au fromage – heureusement que cet article ne porte pas sur la compatibilité gustative des aliments – et j’observe. Autour de moi, une bonne douzaine de locaux qui plaisantent, discutent vivement et entament l’apéro à 10h47. Les habitués du bar qui nous connaissant, Gleb et moi, nous baragouinent quelques mots de français. Certains se débrouillent même plutôt bien ! Une femme entre dans un éclat de rire saluer tout le monde avant d’aller déposer son fils chez des amis. Tout le monde passe derrière le comptoir pour servir les nouveaux arrivants, tandis que Zappa, le labrador noir du bar, se laisse nourrir à même le sol. La patronne passe devant moi avec une assiette de tartines gozitanes dans les mains. Do you want some ?
L’assiette a fini sur ma table, mais pas sur ma note.

C’est dans cette atmosphère que je réalise, en ce dimanche ensoleillé qui sent bon l’automne, que j’ai trouvé ma place ici. J’aime cette solidarité, cette amitié ambiante, le fait que tout le monde se connaisse, que tout le monde se salue dans la rue le matin. Que tu tombes en panne de voiture, de gaz, que tu perdes les clés de chez toi ou simplement ton chemin, tu trouveras toujours quelqu’un pour t’aider. J’avais oublié que ce genre de communauté soudée existait. En France, c’est quelque chose que je n’ai jamais eu l’occasion de voir, même dans les zones les plus rurales. Rien que pour cela, partir valait la peine.

Gozo est une petite île, on aime à dire que c’est « la Corse de Malte ». Les habitants sont aimables dès le premier jour, mais s’intégrer réellement prend du temps. Au début, tu n’es qu’un touriste de plus à leurs yeux : on te sourie poliment, car on sait que tu vas dépenser quelques euros dans le restaurant local et que tu es nécessaire à l’économie du pays. Puis, lorsqu’on réalise que tu es toujours là un mois plus tard, on commence à te poser des questions, à s’intéresser à toi.
Je crois que les locaux sont heureux de voir que tu as choisi, parmi tous les pays du monde, le leur. Leur mode de vie, leur village. Je ressens aussi de l’étonnement – légitime – lorsque l’on explique que nous vivons là à l’année. Un couple dans la vingtaine, sans enfant, qui décide de s’installer dans un milieu aussi rural, aussi insulaire, ça intrigue. Et pourtant !
Nous aimons aller boire notre café le matin en discutant avec les séniors du village, nous aimons la tranquillité ambiante, le fait de pouvoir sortir se promener sans croiser personne d’autre que le petit vieux d’à côté qui sommeille sur le pas de sa porte. Je prends plus de plaisir à aller me balader sur les falaises ou au bord de la plage qu’à passer l’après-midi dans les boutiques. Et cela ne nous empêche pas de profiter d’une soirée en boite à l’occasion. A ciel ouvert, s’il vous plait !
Mais je dois aussi vous avouer que je rêverais de pouvoir aller voir un film au cinéma quand je le souhaite, avec une grosse tournée de pop corn, que j’aimerais pouvoir faire du shopping sans devoir affronter trente minutes de ferry, et près de deux bonnes heures de bus. Et là, je ne parle que de l’aller…

Mais malgré tout, oui, j’ai trouvé ma place ici. Je me sens bien, je me sens chez moi, je suis à l’aise dans mon environnement. Même si ce n’est pas facile tous les jours. Parfois, j’ai l’impression d’avoir fait une erreur. Parfois, ma famille, mes petits frères, mes amis me manquent. Parfois, ce sont des choses plus futiles : aller acheter un tapis à 20 balles chez Ikéa, pouvoir se connecter à un e-shop en sachant pertinemment qu’ils vont livrer chez toi, trouver des fruits rouges surgelés qui ne coûtent pas 10€ le kilo…
Mais je sais que je ne suis qu’à 3h de vol de Paris, et je relativise. Je pense à ceux qui décident de tout quitter pour aller vivre à l’autre bout du monde. Je pense aussi – avec admiration – à ceux qui partent seuls, chose que j’aurais été bien incapable de faire sans Gleb à mes côtés. Cette « nouvelle » vie, c’est grâce à lui, finalement.

Je n’ai pas toujours été cette fille qui rêve de voyages, et il y a encore quelques années je m’imaginais difficilement partir vivre dans un nouveau pays. Mais si je n’ai qu’un conseil à vous donner : faites-le. Les bons côtés surpasseront les mauvais. Voyagez, et découvrez à quel point la vie peut-être différente – pour ne pas dire mieux – ailleurs.

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il y a 40 commentaires

  1. Quelle chance tu as ! Je sais ce que c’est que de retrouver de la solidarité et de l’entraide entre les personnes.
    Je suis partie à La Réunion et c’est tellement différent de la France que ça te fais réfléchir sur ta propre personne..

    Bisous 🙂

  2. J’adore ton article ! Pour ma part, je me suis souvent imaginée partir loin, poser mes valises à plusieurs centaines ou milliers de kilomètres de ma ville natale, pour quelques mois au moins. Mais après, je me suis mis en couple avec mon homme et pour lui, partir de Nantes pour la Rochelle, ce serait déjà compliqué (alors t’imagines que mes projets d’étranger, notamment une expérience pro d’un an en Martinique dont je rêvais, je peux un peu m’asseoir dessus et revoir mes projets!).
    Profite, comme tu dis c’est tellement enrichissant, vous avez une chance énorme de vivre tout ça !

    Des bisous !
    Charline

    1. C’est dommage… mais c’est effectivement plus difficile quand tu es en couple. Gleb et moi, on a la chance d’être sur la même longueur d’ondes, mais je comprends qu’il y ait de grosses concessions à faire quand ce n’est pas le cas.
      Mais qu’est-ce qui le pousse à vouloir à ce point rester vivre à Nantes ? Son travail, sa famille/ses amis ? Les deux, peut-être… Enfin, c’est toujours quelque chose dont tu peux discuter avec lui, pas forcément pour un futur proche d’ailleurs. Et je ne sais pas s’il a beaucoup voyagé à l’étranger, mais peut-être que de simples vacances dans un pays sympa pourraient provoquer chez lui un déclic et une envie de voyage. C’est un peu ce qui s’est passé pour moi…

  3. C’est une belle histoire. Et certainement qui débutes tout juste 🙂 Moi j’ai vécu un an en Espagne, et 10 mois au Mexique. De belles expériences, et même si ce n’est pas simple tout les jours c’est incroyable ! Moi aussi je le conseille à tout le monde!

  4. Coucou Charlotte,
    J’ai adoré lire ton article. Sincèrement. Tu écris très bien, et c’est très agréable de passer du temps par ici.
    Je sais que c’est difficile de changer de lieu de vie. Je n’ai jamais testé « changer de pays » mais j’ai déjà changé du nord pour le sud, d’un coup, pour 5 ans. Tout quitter, les mis, la famille, l’appart et tout recommencer ailleurs.. Tu as l’air de te plaire là-bas, et c’est également le genre de lieu à l’aspect communautaire que j’apprécie beaucoup.
    Je te souhaite une très bonne soirée, et merci pour le chouette moment passé ici.
    A vite. ♥

    1. Merci beaucoup pour ce petit message, je suis ravie de t’avoir fait passé un bon moment ici ! 🙂
      C’est vrai qu’il n’y a pas forcément besoin de changer de pays pour se sentir dépaysée… Mais étrangement, je crois que j’aurais eu beaucoup plus de mal à m’adapter à un changement de région au sein de la France qu’à un changement de pays. Je pense que dans mon cas, il est plus facile d’aller vers les gens, de faire de nouvelles rencontres, des découvertes. Curieux, non ? Je ne sais pas si c’est ce que tu as ressenti…

  5. tes photos sont super belles et je suis ravie que tu aies trouvé ta place c¡est pareil pour moi en espagne, c’est chez moi, je ne rentrerai pas en France!

  6. Coucou.
    J’aime beaucoup la légéreté avec laquelle tu écris ton article. Ton écriture est magnifique. De plus, tu me fais découvrir ce lieu qui m’était inconnu.
    Comme de nombreuses personnes, j’aimerais beaucoup découvrir la vie dans un autre pays au moins une fois. Je ne dis pas du tout que c’est parce que la France m’agace, au contraire : je trouve qu’on a un très bon pays malgré tout, on a une certaine stabilité que d’autres n’ont pas et même si la crise financière est bel et bien là, je ne souhaite pas partir. Je me sens bien, en France. Mais je rêve de prendre mes valises pour quelques mois et de vivre dans un pays que je ne connais pas encore. L’Irlande, par exemple. Oh oui, je rêve d’Irlande, surtout en amoureux. Je rêve tellement que mon chéri me prenne par la main et me dise  »mon amour, on part ? ». Mais je ne sais pas. J’ai l’impression que ça n’arrivera jamais… Je ne peux partir sans lui. Je ne peux pas. C’est ainsi.
    Ton article me fait beaucoup réfléchir sur la réalité.
    Tu as raison. Il faut le faire. Il faut partir. Vivre.
    Merci pour ce joli partage en tous cas !
    Eléanor,
    Baignoire-Artistique.

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire !
      Moi c’est un peu différent : je n’aime plus la France, et je ne pense pas retourner y vivre un jour (sauf peut-être dans d’autres circonstances personnelles). Je pense aussi que je vais vivre dans plusieurs pays au cours de ma vie, il n’est en tout cas pas envisageable que nous restions à Malte 12 mois sur 12 pendant de nombreuses années.
      Je sais que c’est très difficle à gérer quand on est en couple. Par exemple, si Gleb avait été un casanier et avait souhaité rester vivre en France à tout prix, je serais bien évidemment restée avec lui. On a la chance d’être sur la même longueur d’onde, c’est un gros plus. Mais discutes-en avec ton copain ! C’est peut-être compliqué pour vous de partir maintenant, mais peut-être que dans 1 an, dans 2 ans, vous en aurez la possibilité.
      Nous, nous nous sommes presque décidés sur un coup de tête (à peine 3 mois avant notre départ), parce que le moment tombait bien. Un an plus tôt, je n’aurais jamais pensé qu’une telle chose m’arriverait. Ne sois pas défaitiste, tu as encore toute une vie devant toi pour vivre, justement.

  7. ça fait un bien fou ton article moi aussi d’ici la fin de semaine, je pars comme expatriée à Amsterdam, je suis remplis de quelques doutes mais tellement heureuse, tu as bien choisi malte, c’est un pays merveilleux, j’ai eu l’occasion d’y aller et la gentillesse des gens m’avait bluffée 🙂 profites en

    1. C’est normal de douter par moment, j’ai aussi ressenti ça avant mon départ. Je pense que c’est surtout lié au déménagement en lui-meme : par exemple, j’ai réalisé que j’étais stressée car je devais voyager avec mes deux chats, qu’en plus de ça nous avions 5 grandes valises et des sacs à transporter à nous deux, il a fallu vider notre appartement rennais et gérer où seraient stockés nos meubles et nos affaires qui restaient en France… Je pensais que c’était de l’appréhension vis à vis du départ, mais finalement j’ai compris que ce n’était que du stress matériel. Dès le moment où j’ai posé le pied dans notre maison (après un voyage périlleux, si tu connais Malte tu dois imaginer le périple pour arriver sur Gozo) et que j’ai laissé mes chats sortir de leurs sacs, je me suis sentie parfaitement bien. Tu verras ! 😉

    1. Heureusement que les avantages surpassent les inconvénients ! Mais quand tu vis dans un cadre splendide, que tu as une piscine sur ta terrasse avec vue sur la mer et que tu es à 5 minutes d’une plage magnifique, tu oublies vite que le Zara le plus proche est à 3h de trajet et que les maltais ne connaissent pas la crème fraîche… 😉

  8. Je souhaite également m’expatrier d’ici quelques années (pas que je n’aime pas mon pays, loin de là) et cet article est très intéressant. En attendant de déménager « définitivement » je pars 6 mois en République Tchèque dans le cadre de mes études, en espérant m’adapter !

  9. Lire le témoignage d’une expatriée me fait très plaisirs. Tu parles de Malte mais j’aurais pu dire la même chose du Portugal et des portugais. Dès le premier jour, j’ai senti un accueil chaleureux et très différent que ce que l’on a l’habitude d’avoir en France…
    Je suis très contente d’être parmi eux aujourd’hui et pour les mois (années?) qui viennent.
    Comme tu le racontes il arrive parfois d’avoir le blues du pays mais il suffit de sortir, rencontrer des gens et là, en 1 instant, tout va bien ! Nous comprenons pourquoi nous sommes venus là et pas ailleurs, pourquoi nous y sommes restés et pourquoi nous aurions du mal à partir…

    Je te souhaite une belle soirée !
    Bis d’une expat à une autre 😉

    1. Je comprends tout à fait ce que tu ressens, et je pense que c’est cet accueil qui change beaucoup de choses. Dans une grande ville plus impersonnelle, je pense que j’aurais eu d’avantage de mal à m’adapter…
      Merci d’avoir pris le temps de me laisser un petit message ! 🙂

  10. Je dois dire surtout que la chose la plus frappante ici (comme dans beaucoup d’autres endroits dans monde que j’ai visité) est l’absence quasi totale de la télévision au quotidien. Nous n’avons pas regardé la télé depuis 6 mois et ici c’est quelque chose d’assez marginal. Les gens préfèrent sortir au bar/resto’/fêtes de villages/boîtes de nuits ou encore s’assoir sur le trottoir devant chez eux pour discuter avec leurs voisins toute la soirée plutôt que de rester enfermés chez eux.

    1. Oui enfin mon chat, même en France j’ai vécu une dizaine d’années sans la télévision et je ne m’en suis pas plus mal portée… 😉 Mais c’est vrai que la télé est très ancrée dans la culture française, ce qui n’est pas le cas partout. ( <3 )

  11. Il faut du temps pour devenir plus que la touriste dans son quartier. Je le vois au fil des jours. Je ne suis plus considérée ainsi, je ne me considère plus ainsi. Cela prend du temps mais qu’est ce que c’est enrichissant. J’aime regarder avec mes yeux émerveillés le quotidien de mes voisins cambodgiens, ces scènes de vie propres a eux, comme j’ai aimé regarder le quotidien de mes voisins haïtiens ou palestiniens. J’ai laissé un peu de moi dans toutes mes expatriations, mais je crois aussi et surtout qu’elles ont laissé un bout d’elles en moi 🙂

  12. Je rentre tout juste en France après avoir passé un an en Nouvelle-Zélande. Comme toi, je trouve que la vie là-bas est plus cool, les gens sont plus gentils…
    Maintenant, il va falloir que je me réadapte à un mode de vie que j’avais oublié.
    Aparté, joli blog.

  13. Bel article! J’ai depuis 1 an eu une envie fulgurante et très prenante de quitter la France. Mon mari me suivrait sans hésitation mais il devrait quitter son travail..qui n’existe qu’en France. ça veut dire que pour vivre normalement, c’est à moi de trouver un autre emploi. Comment avez-vous fait? Avez-vous décidé de sauter le pas en lachant vos jobs? Travaillez-vous tous les deux à Gozo maintenant?
    Pas facile je trouve de sauter le pas quand on remet en questions tout son avenir professionel.

    1. Je comprends que le travail puisse poser un sérieux problème quand il s’agit de déménager, d’autant plus à l’étranger ! Pour nous la question ne se posait pas : Gleb est à son compte et travaille via internet, et au contraire, partir était une nécessité pour son activité (la France n’est pas très business friendly).
      Moi, je ne travaillais pas à l’époque, et désormais le blog est ma seule occupation. Donc de la même façon, je peux travailler de n’importe où ! 🙂

  14. J’adore les iles de la Méditerranée. Je comprends bien tes ressentis, étant expat moi-même. Oui, l’expatriation, c’est un enrichissement, c’est plein de découvertes, de remises en question, de nouveaux regards sur le monde, c’est grisant, mais par expérience je conseille 3 ans maximum 😉

  15. Oh oui, etre expatriee c’est une ouverture d’esprit incomparable. C’est se prendre la tete au bout d’un moment avec les locaux, repartir en France pour les vacances et avoir sa bouffee d’air, et puis rentrer  » a la maison » parce que notre pays d’accueil c’est bien notre maison. 🙂 Bel article. Merci

  16. Très sympa cet article, ça donne envie de connaître Gozo et aussi de s’expatrier. Pour moi c’est dans quelques semaines, j’espère que je pourrais moi aussi être bientôt considérée comme une « presque » locale et pas comme une touriste 🙂

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